“ Nous vagabondons à travers les rues, depuis des heures, des jours peut-être, je ne m'en rendrais pas compte. Les fioles de vodka et de rhum, les mégots laissés derrière nous permettraient à n'importe qui de retrouver notre trace. Je titube en chantant, je ris, je m'agrippe à lui, je tombe, je me relève, je fume, il fume, nous fumons, il boit, je bois, nous buvons, je ris, je l'aime, nous nous aimons, il m'aime, il m'aime, il m'aime.
J'ai la tête qui tourne, je ne sens plus mes doigts mais demain j'aurais oublié.
Je m'assois sur le trottoir, je tombe soudain de fatigue, il s'assoit à côté de moi, je ris, je m'allonge, il s'allonge aussi.
Je passe mes mains sur mon visage, ça me rafraîchis, j'ai très chaud tout d'un coup, je dis "J'ai chaud", il me répond "Met des glaçons".
J'enlève mon pull.
Le contact du sol gelé avec ma peau me fait frissonner violemment, comme une décharge électrique tout le long de ma colonne vertébrale. Et puis j'oublie.
Je pose mes mains sur mes yeux. C'est comme s'ils étaient anormalement lourd. Je sens qu'il pose ses mains sur les miennes. J'ai deux couches de mains sur les yeux. Alors ça me fait rire. Je ris sans pouvoir m'arrêter, et comme c'est contagieux, il se met à rire, et on rit, on rit, on rit, on en peux plus, on s'étouffe, on s'étrangle, on ne respire plus, on respire un peu , puis on rit, encore, et j'ai toujours tout un tas de mains sur mes yeux qui dorénavant pleurent.
Je ne pleure plus parce que je suis triste, je pleure parce que je l'aime trop.
Je prends ses mains entre les miennes, je les écarte de mon visage et je les regarde. Je les embrasse et je les regarde encore. Je lui dit "Elles sont belles, tes mains", et puis j'oublie, et je ne comprends pas pourquoi il me dit "C'est toi qui est belle".
Je dis "J'ai envie de mettre du parfum", il ne répond pas mais il enfouie sa tête dans mon cou.
Ça me chatouille.
Je lui dis "Tu me chatouilles" et il me répond "Chat-touille".
Je ris.
Il dit qu'il aimerait voir les étoiles mais que les arbres nous bouchent la vue.
Je réponds "On a qu'à couper l'arbre".
Au bout d'un moment j'ouvre les yeux en ayant oublié que je les avaient préalablement fermés et il n'est plus là. Il est parti sans que je m'en rende compte. Je panique et me relève. Il est allongé sur la route. Je me lève et je vais le rejoindre.
Je m'allonge à côté de lui.
Il dit "Je suis pas mort".
Je réponds "Si tu étais mort, je serais morte" et je l'embrasse.
Il me montre les étoiles et il me dit que certaines forment le mot "cellophane".
Je ne sais plus ce que veux dire "cellophane" alors je m'allume une cigarette.
C'est ma dernière.
Je lui dit "Si tu m'aimes tu me donne toutes tes cigarettes".
Pour toute réponse il se met à chanter "Un château en Espagne".
Ça m'énerve alors je lui demande s'il m'aime.
Il répond "Non".
Trou noir.
Je rouvre les yeux et il me dis "Je t'aime, je t'aime, je t'aime".
Je suis triste. Je me sers dans son paquet et je m'allume une cigarette, je me met à pleurer. Il est en train de finir une fiole de whisky allongé sur le dos.
Je lui arrache des mains et je la lance contre le mur de l'autre côté du trottoir. Je hurle "Arrète!". Il me fixe sans rien dire. Je hurle encore "Pourquoi tu fais ça?"
Il me regarde et sa clope fait du brouillard devant son visage. Je m'accroupis à côté de lui et je lui souffle "Tu me détruis".
Il me dis "On se détruit ensemble".
Je hurle plus fort "Je veux pas qu'on se détruise"
Il n'écoute pas.
Je lui prend le visage entre les mains. Je murmure "On arrête, je t'en pris, on arrête".
J'aimerais tellement qu'on arrête. Ça. Tout ça. Les clopes, l'alcool, la drogue, la débauche, le néant. On est aspiré dans un trou noir. Encore plus noir. Il m'aspire dans un trou noir, avec lui, et c'est de sa faute, tout ça. Si je suis là, s'il est 5 heure du matin, qu'on est avenue de Malmaison, que j'ai plus de clopes et 4,6g dans le sang. C'est de sa faute si je ne vais plus au lycée. Je ne veux pas montrer aux autres que je ne suis plus rien. Je ne veux pas que les autres me voient. Parce qu'ils ne me verraient pas. C'est de sa faute si j'ai des cernes violets sous les yeux, si je ne suis pas coiffée, si je pue le tabac toute la journée, si mon vernis s'écaille, si je dors plus chez moi mais chez lui.
C'est de sa faute si je l'aime à en crever.
Parce que c'est ce qui va finir par nous arriver si on continue.
Crever.
Je me lève. Je remonte sur le trottoir et je récupère mon pull. Un cachemire gris. A lui. Je l'enfile et ça me fait les cheveux électrique. Je sens un frisson me parcourir à cause de l'électricité statique. Ça me donne les larmes aux yeux, alors je m'accroupis, je m'allume une clope, à travers mes larmes, je le vois toujours sur la route, allongé, il a le bras levé comme s'il comptait les étoiles.
Je crie "Je t'aime".
Il baisse son bras.
Il roule sur la côté.
Il me regarde.
Il me crie :
"Moi aussi". ”
PONY PONY RUN RUN :
RATATAT :seventeen years kennedyshempilex we are daft punks